vendredi 2 juillet 2010

Trois voix superposées psalmodiant une voyelle expirée, éloge décalée d'une espérance résignée. La réalité rappelle une raison trop vite oubliée, un essor déchu avant de s'être envolé. La fade texture des espoirs trop souvent rêvés et rarement réalisés glisse lentement le long de mon échine, liquide imagé ni trop chaud ni trop froid sur ma peau dénudée.
J'implante un décor, douce soirée passée à s'écouter respirer. Nuit noire, un lampadaire qui éclaire mes idées d'une lumière tamisée et au loin la plainte étouffée d'un saxophone jouant quelques notes fatiguées. Mes pas ont le grésillement d'un vinyl et ma vue le grain d'une image vieillie par les années trop vite écoulées. Changement de plan, vue centrale sur un escalator en contre-plongée qui plonge vers les méandres de ses marches répétant inlassablement les mêmes allées-venues. En bas, une gare mal éclairée.

Un accordéoniste joue seul, pour le plaisir d'écouter les échos de sa mélodie dans ses oreilles fatiguées. Une valse paresseuse des vieux amours oubliés, résignée à se laisser enlacer par un sommeil létal. Les soixante-treize touches d'un piano mal accordé, comme une réponse à ses appels usés viennent apaiser les rides plissées de son front, étreindre ses lèvres d'un sourire qui s'éternise déjà et éteindre le bleu terne des yeux lassés.
Et il part, dans ce train dont seul lui connait désormais la destinée.
Me laissant seul avec mes peurs sans cesse ressassées de perdre ma conscience émoussée. Seul dans cette gare dont le silence oppresse même les ombres dispersées sur les longs rails inondés.

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